Interview d’Hiroki Sakai à L’EQUIPE

Arrivé à l’OM lors de la saison 2016/2017 et très discret dans les médias. Hiroki Sakai à accordé une interview au Journal L’EQUIPE. Voici l’interview en intégralité

Le Japonais à tout d’abord évoqué son enfance et sa famille

« J’ai fait mes premiers pas à Nagano, puis, à partir de mes trois ans, j’ai grandi à Kashiwa, dans la préfecture de Chiba, à une trentaine de kilomètres de Tokyo. Ce n’est pas l’une des plus grandes villes du Japon, mais elle vous paraîtra quand même bondée (430 000 habitants). Vous connaissez le carrefour de Shibuya à Tokyo ? Une foule intense s’y croise à toute heure du jour ou de la nuit, tout le monde prend des photos. »

« Eh bien on appelle Kashiwa ‘‘le Shibuya de Chiba’’. Mon père est médecin généraliste, toujours en activité, ma mère femme au foyer. Mes deux grands frères, Taiki et Yuki, faisaient du foot, mon enfance a tourné autour de ça. J’ai beaucoup d’écart avec eux, cinq et huit ans, alors je les laissais se disputer entre eux, moi j’étais tranquille. Je ne sais même pas si j’étais chouchouté, je ne pensais qu’au foot ! J’étais entraîné par mes deux frères, on courait sur de la pelouse synthétique. À partir de treize ans, les choses sérieuses ont commencé, je suis entré à l’académie de Kashiwa. J’habitais à côté, je rentrais chez moi tous les soirs quand mes camarades étaient pensionnaires. J’ai quitté la maison à dix-huit ans. »

« Mon père n’est pas un fan de foot à la base mais il regarde un maximum de matches de l’OM. Il se lève très tôt pour ça, à cause du décalage horaire (sept heures de différence). Il regarde surtout son fils jouer, vous ne le verrez pas suivre la Ligue des champions. J’aimais bien le baseball. Je suivais le parcours des Giants de Tokyo et les Chiba Lotte Marines, mais je ne pratiquais guère, on s’envoyait quelques balles avec les parents. Je ne dirais pas que j’etais turbulent, mais je me suis canalisé en devenant adulte. Au collège et au lycée, les autres élèves de ma classe venaient me voir jouer au foot, j’avais la cote. »

Il a ensuite parlé de ses idoles mais aussi de ses passe-temps

« J’adorais Ronaldo, le Brésilien, j’avais des petits objets à son effigie, des fonds d’écran. J’aimais aussi Beckham et Ronaldinho, j’étais fan d’Hidetoshi Nakata, je suis un peu trop jeune pour avoir vécu les grandes années de Kazu Miura. Je ne lis pas beaucoup mais je regarde plein de films, japonais, français, américains… J’ai vu récemment Intouchables, avec Omar Sy, car c’était très connu ici et ça me permet d’habituer l’oreille à la langue française. Du coup, j’ai enchaîné sur toute la filmographie d’Omar Sy. J’ai regardé beaucoup de mangas, dont Captain Tsubasa. Mon personnage préféré était Matsuyama. »

Sakai n’a jamais pratiqué le rugby, mais l’a connu grâce à un grand joueur Japonais

« Je n’ai jamais pratiqué le rugby, mais Ayumu Goromaru est un grand ami. J’ai découvert ce sport grâce à lui, quand il est venu à Toulon, en 2016. J’étais passé à côté de l’exploit face à l’Afrique du Sud lors de la Coupe du monde 2015 (34-32 pour le Japon), qui a révélé Goromaru au monde. La ferveur japonaise pour ce sport est vraiment née à ce moment-là. Il ne disputera pas la Coupe du monde, cela rend l’épreuve un peu moins excitante pour moi. Je n’ai jamais été au stade Mayol. Il avait une maison à Hyères, nous allions l’un chez l’autre. Il ressemble à un homme japonais typique, conforme à l’idée du samouraï. Un gentleman, poli, courtois. Il traite bien les gens plus jeunes que lui, et ça c’est rare, les personnes plus âgées méprisent un peu les jeunes. Avec son respect, il représente notre culture. »

Le nippon à ensuite parlé de la gastronomie japonaise

« C’est important pour ma famille et moi qu’il y ait un bon restaurant japonais à Marseille. On se voit très souvent avec le chef. Le jour des matches, il conduit ma famille au Vélodrome, il s’occupe de ma femme et mes enfants quand je suis à l’entraînement, ou en déplacement. Je vais à Tabi une fois toutes les deux ou trois semaines. »

« Je ne veux pas dire du mal en comparant avec les autres restaurants se disant japonais à Marseille. Le charme de la cuisine d’Ippei : il ne fait qu’avec des produits locaux, il n’importe pas des aliments du Japon, il réalise des menus qui plaisent autant aux Japonais qu’aux Français. Il essaie de plaire aux deux en gardant une authenticité dans la cuisine japonaise. Le plat qui me rend le plus heureux, c’est le hassun. Une collection d’amuse-bouches, en entrée, des extraits de plats dans une assiette. Un assortiment très travaillé, plein de petites choses avec des goûts différents, du poisson, des légumes. »

Pour finir, il a décrit les valeurs du Japon dans les sports collectifs mais à également évoqué le racisme dans le football

« L’esprit d’équipe, on ne le retrouve pas de façon aussi intense chez d’autres nationalités. On pense au groupe avant tout. Dans notre milieu pro, chaque match compte, il faut être prêt à tout pour gagner, même avoir du vice, ou jouer avec la règle. D’autres pensent, comme moi, qu’on doit faire les choses proprement. C’est un dilemme, il y a deux écoles. Beaucoup de Japonais sont dans la beauté du jeu. Moi, je n’arrive pas trop à jouer avec les règles, à faire des fautes “utiles”, à truquer un peu. Je me suis adapté, je tire un peu plus le maillot qu’avant, je gagne du temps et des mètres sur les touches. Si je me plains trop à l’arbitre, je me prends un carton jaune de toute façon. Je préfère en reparler à la pause. L’arbitre n’est pas mon ennemi. »

« Franchement, je n’en pense rien. Je fais mon travail, je suis payé pour ça. Ils voient que je suis japonais, moi ça me va, ça ne me touche pas. Ce n’est pas grave, j’entends pas mal de trucs à l’extérieur, des blagues, j’en ris plutôt. Cela n’a jamais atteint ce degré de violence pour moi, au point de faire la une des journaux, à juste titre. Qu’on me traite de sushi, ce n’est pas un problème pour moi. On est plutôt dans la moquerie que dans le racisme. Si jamais quelqu’un s’en prend à ma famille, là, oui, ça pourrait vraiment me toucher. »

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