Le Treize’ième Homme : @Carterchnine

Parce que l’OM c’est nous, parce que l’OM c’est vous : nous avons décidé de donner la parole aux supporters de l’Olympique de Marseille. C’est donc @CarterChnine qui inaugure, et ça commence maintenant !

Est-ce que tu pourrais te présenter ?

« Je m’appelle Azir Said Mohamed Cheik (très long nom de famille). Je suis d’origine comorienne. J’ai 25 ans. Je suis né à Saint-Denis, sur l’île de la Réunion mais j’habite à Marseille depuis l’âge de 3 ans. J’ai grandi dans la cité des Lauriers dans le 13e arrondissement (meilleur quartier de Marseille). Après 20 ans sous les couleurs de ce quartier, j’ai été transféré au boulevard Mouton, du côté de Picon-Busserine, dans le 14e arrondissement, toujours dans les quartiers Nord.
Au niveau des études, après quelques années dans la comptabilité (Bac Pro, BTS), je me suis réorienté vers le journalisme, métier qui me fait rêver depuis mon adolescence. Je suis entré au Magistère journalisme de la faculté de droit d’Aix-en-Provence (3e année de licence puis Master) en septembre 2016. J’ai pu faire mes premiers pas dans le milieu. J’ai effectué des stages à La Marseillaise, au service sport du journal Le Monde et Festival International Espoirs. Que des expériences exceptionnelles ! J’ai finalement arrêté la formation à la fin du M1. J’ai repris une formation de journaliste, à la School Media Maker. Et j’ai été diplômé en juin dernier. En parallèle, comme beaucoup d’étudiants, je travaille depuis deux ans en tant qu’assistant d’éducation au collège Jacques Prévert, à Frais-Vallon (13e). »

Qui est @CarterChnine en dehors des réseaux sociaux ?

« À peu près le même que sur les réseaux ! J’aime taquiner, j’aime parler football avec mes collègues. Comme tous les passionnés, je regarde énormément de matchs, en France et à l’étranger, au niveau professionnel ou amateur. Dès que j’ai un peu de temps, je me déplace dans les stades du département pour observer des matchs de jeunes de l’OM ou d’autres bons clubs de chez nous. Depuis la saison dernière, je suis co-éducateur des U11 de Malpassé (mon deuxième club de cœur) avec un ami d’enfance. Ça m’a permis de faire de belles rencontres et d’avoir une connaissance plus aigüe du football « d’en bas ». Ma vie est assez banale, je sors très peu de mon secteur. On n’est jamais mieux servi que chez soi. En attendant d’être marié et d’avoir des enfants, c’est les collègues et beaucoup de football. »

D’où vient ta passion envers l’OM ?

« Comme tous les Marseillais ou presque, on ne choisit pas sa passion pour l’OM. Quand tu as grandi dans cette ville, tu es obligé d’être derrière ce club. La cité phocéenne respire au rythme de l’OM. Il faut vivre à Marseille pour le comprendre. Mes parents sont nés aux Comores. Ils n’ont pas ou peu d’intérêt pour le football et pour l’OM. Il n’y a pas eu de transmission classique parents-enfants. C’est la ville qui m’a transmis cette passion. Les enfants marseillais sont frappés par l’amour de l’OM. Même quand on la repousse, elle insiste et revient en force. Difficile de lutter contre cela.
Un soir de mai 2004. J’ai 10 ans. L’OM affronte Newcastle en demi-finale de la Coupe d’UEFA. Le stade est bouillant comme jamais et l’affluence, record pour l’époque. Je suis dans ma chambre, seul. Je regarde le match sur une petite télé mais j’ai l’impression de recevoir les vibrations d’un Vel’ en ébullition. Victoire (2-0) et qualification de l’OM. J’étais comme un fou. Je criais autant que les gens au stade. Ce soir-là, j’ai compris que j’allais être supporter de l’OM toute ma vie. »

AVB qui va faire confiance aux jeunes, tu valides ?

« Je valide complètement ! On sait qu’il fait ça un peu par défaut car la situation économique du club ne permet pas de recruter des joueurs confirmés de très haut niveau. Mais cette conjoncture permet à la jeunesse d’avoir sa chance. Dans le groupe face à Reims, AVB a intégré 4 joueurs issus du centre, c’est énorme ! Ça fait longtemps que beaucoup de supporters attendent un centre de formation digne de ce nom. Dans le même temps, il faut un entraîneur qui soit en capacité d’insérer les meilleurs éléments du centre en équipe première afin de donner confiance aux jeunes et de rassurer les parents. C’est simple, si les minots de la région voient un OM qui fait jouer ses jeunes, forcément cela donnera envie aux meilleurs d’entrer au centre. Mais ça prendra encore du temps. Un centre de formation performant ne se construit pas en 3-4 ans. Surtout que l’OM revient de très, très loin. En une dizaine d’années, on a sorti Nasri, les frères Ayew, aujourd’hui Kamara et Lopez. C’est trop peu ! Mais avec cette nouvelle génération, couplée aux compétences du coach portugais, on espère que ça va le faire ! »

Quelques années après l’officialisation du « Champion’s Project », t’en penses quoi aujourd’hui ?

« Je me sens trahi ! Je faisais partie de ceux qui se réjouissaient de l’arrivée du nouveau propriétaire. JHE, en recrutant Garcia et Zubi assez rapidement semblait être quelqu’un de compétent. Sûr de lui, il donnait vraiment l’impression de savoir ce qu’il faisait. Forcé de constater que je me suis fait berner ! Je déteste les conclusions hâtives, surtout dans le football. Il faut toujours être humble et mesuré dans ses « analyses ». Encore une fois, je faisais partie de ceux qui demandaient de la patience, de ne pas s’alarmer dans les moments difficiles. Mais certains ont été clairvoyants. Ils ont vu la catastrophe arriver. Finalement le Champion’s Project c’est quoi ? Une belle épopée européenne et puis ? Aucune qualification en Ligue des Champions, une enveloppé de 200 millions d’euros dilapidée par un entraîneur à qui on a donné les pleins pouvoirs sur le mercato, des humiliations nationales, européennes et des débâcles face aux gros du championnat. Le seul rayon de soleil semble être leur volonté de faire un centre de formation efficace. La construction de l’OM Campus va dans ce sens, le partenariat avec plusieurs clubs de la région également. Il y a une vraie intention de renouer les liens avec son territoire. On verra les fruits de ce travail dans quelques années. Pour ce qui est de l’équipe première, on attend des résultats. Quoi qu’il arrive, on sera toujours derrière l’Olympique de Marseille. On supporte l’OM, pas eux. »

Le meilleur club amateur dans le 13 d’après toi ?

« Sans contestation possible, il s’agit du Sporting Club d’Air-Bel (SCAB). Depuis au moins 10 ans, le club de l’Est de Marseille écrase la concurrence, au point d’éclipser des clubs historiques. Chaque saison, Air-Bel envoie une dizaine de joueurs dans les centres de formation. Steven Fortes, capitaine du RC Lens, Mohamed Simakan qui commence à s’imposer du côté de Strasbourg et pleins d’autres… Même à l’étranger ! Naouir Ahamada, passé par Air-Bel et Istres est actuellement à la Juventus Turin et s’entraîne parfois avec Cristiano Ronaldo ! C’est magnifique. Association sportive fondée en 1992, le SCAB est issu d’Air-Bel, un des quartiers les plus populaires de la ville. J’ai un attachement profond pour les quartiers populaires de ma ville (surtout ceux du Nord vu que c’est là où j’habite, mais pas que), donc c’est toujours beau de voir des gens « d’en bas », de la « street », être au plus haut. Aujourd’hui, Air-Bel accueille des licenciés qui viennent de tout le département. Pas uniquement des gars de quartier. »

Qui est, pour toi, le joueur le plus talentueux actuellement à l’OM ?

« Il s’agit de Payet. Quand il est bien physiquement, il est monstrueux. Il sait tout faire avec le ballon. Qualité de dribble, passe, frappe, intelligence… il est tellement élégant balle au pied. Il semble tellement facile quand il conduit le cuir… c’est un esthète. C’est le football que j’aime. Dommage qu’il fasse preuve d’autant d’irrégularité. Mais sa saison 2014-2015, sous Bielsa, restera gravée pendant longtemps. »

La chose la plus folle que t’aies pu faire pour l’OM ?

« Je n’ai pas fait de gros déplacements. Je n’ai pas d’anecdotes croustillantes par rapport à ça. Il y a des gens qui font vraiment des trucs de fada pour l’OM, respect à eux ! L’OM, c’est eux ! A mon échelle, la chose (un peu) folle que je faisais pour regarder les matchs de l’OM quand j’étais plus jeune, c’était lorsque je me cachais, avec d’autres collègues, pour entrer dans le local des anciens de mon quartier pour visionner les matchs. Le local était évidemment interdit pour les petits (on était très jeunes). Et comme vous pouvez l’imaginez, il n’y avait pas que des enfants de chœur. Si on se faisait prendre… Pour la petite anecdote, le patron du local était un des frères de Dianbobo Baldé, joueur passé par le Celtic Glasgow notamment et international guinéen. Un sacré gaillard ! »

Ton meilleur souvenir au Vélodrome ? Et le pire ?

« Le quart de finale retour de l’Europa League face à Leipzig ! Le bruit m’a éclaté les oreilles ! Le Vél’ tremblait littéralement ! C’était extraordinaire ! J’ai rarement vécu ça. Je suis de nature assez calme. Je suis un grand passionné mais je suis peu démonstratif, même au Vél’. Ce soir là, j’étais devenu fou. Je sautais comme jamais je ne l’avais fait avant. A contrario, mon pire souvenir est le 1-5 subi face au PSG, pendant la saison 2016/2017. La honte. Les Parisiens nous ont roulé dessus. Et dans les tribunes, on ne pouvait que constater le désastre. Malgré le soutien, les joueurs ont abandonné au bout de 15 minutes de jeu. Ils étaient dépités. Ils ont subi pendant 90 minutes. Nous aussi. Horrible sentiment. »

Si t’étais un chant au Vélodrome… Tu serais ?

« Je serais le « Aux armes ». Quand il est bien repris par les deux virages (voire les tribunes parfois), c’est d’une efficacité redoutable. Je me souviens d’un « Aux Armes », lors du tour préliminaire pour la qualification en Ligue des Champions 2003/2004 face à l’Austria Vienne, c’était exceptionnel ! »

Si t’étais un ancien joueur de l’OM… Tu serais ? Et de l’effectif actuel ?

« Si j’étais un ancien joueur de l’OM, je serais Didier Drogba. Même s’il n’a fait qu’une saison à l’OM, c’était extraordinaire ! Il arrive de Guingamp sur la pointe des pieds. Le peuple veut Pauleta ou Alexander Frei, et c’est un joueur de l’En Avant Guingamp qui débarque pour 5 millions d’euros. Dans l’effectif à l’époque, il y a également Mido, en provenance de l’Ajax. C’est lui qui doit porter l’OM. Et finalement ce sera l’international ivoirien. 32 buts toutes compétitions confondues. Toujours décisif dans les gros matchs, avec notamment son doublé de légende face à Newcastle. Outre ses qualités de buteur, il dégageait tellement de hargne, de puissance… Il était vidé à la fin des matchs tellement il donnait tout. À l’époque, c’était la première fois que je voyais un avant-centre aussi fort à l’OM. Il m’a marqué.
Si j’étais un joueur de l’effectif actuel, je serais Boubacar Kamara. Premièrement, c’est typiquement le genre de défenseur central que j’apprécie. Fort défensivement, doué à la relance, n’hésite pas à porter la balle sur quelques mètres avec une conduite de balle élégante. Un régal pour les yeux. Deuxièmement, c’est un Marseillais, enfant du club. Il a fait toutes ses classes à l’OM jusqu’à atteindre le Graal de l’équipe première. Kamara incarne l’avenir de l’OM et c’est un Marseillais. Quoi de plus beau ? »

La rumeur mercato impossible qui t’a vraiment fait rêver ?

« Les multiples retours de Didier Drogba. J’y croyais tellement… J’étais persuadé qu’il allait finir sa carrière au club et finalement, il ne l’a pas fait. Il est bien revenu au Vélodrome mais sous le maillot de Chelsea. Et ce soir là, il n’était pas du bon côté. L’OM gagne 1-0 grâce à un but du légendaire Brandao. »

Qui est OM compatible d’après toi et qui doit signer absolument à ce mercato ?

« Ça fait peut-être cliché de dire ça mais un joueur OM Compatible, c’est un joueur capable de s’arracher durant 90 minutes. Un joueur qui prend ses responsabilités, qui ne se cache pas, quelque soit le rôle qu’il aura. On a vu tellement de bons joueurs se désintégrer sous la pression des supporters… Un joueur OM Compatible doit être sublimé par le Vélodrome, pas écrasé sous la pression. Et évidemment, il doit savoir jouer au ballon. Parmi les joueurs ayant porté le maillot de l’OM ces dernières saisons, on érige souvent Lorik Cana comme le parfait joueur OM compatible. Il était certes combatif mais c’était avant tout un bon joueur de foot. Pas le plus grand technicien mais dans son profil, il était l’un des meilleurs de Ligue 1. Si t’es hargneux mais que tu n’as aucune maîtrise technique, ça ne sert à rien… Va faire de la boxe à Busserine.
Pour ce mercato, il faut absolument un latéral gauche ! »

Qui, pour toi, n’aurait jamais dû porter le maillot de l’OM ?

« Fabrice Fiorèse ! Son arrivée à l’OM est une anomalie. Si je me souviens bien, il signe à l’OM parce qu’il est en conflit avec Vahid ( Halilhodžić), coach du PSG à l’époque, non pas parce qu’il aime le club. La saison d’avant, après avoir inscrit le but de la victoire face à l’OM, au Vélodrome, dans les toutes dernières minutes du match, il célèbre en chambrant les supporters olympiens. Un joueur médiocre qui n’aurait jamais dû sentir le maillot de l’OM contre sa peau. »

Si t’étais un match… tu serais ? Et quel est le match qui t’a marqué ?

« Si j’étais un match, je serais Reims-OM, saison 2014-2015. Victoire 0-5 de l’OM. Cette rencontre frise la perfection. À aucun moment de la partie, tu ne te sens en danger. L’équipe de Bielsa a massacré les Rémois. J’ai vu tout ce que j’aime dans le foot : pressing haut et intense, des sorties de balles propres, des combinaisons, du jeu sur les ailes, des gestes techniques spectaculaires. Un délice.
Le match qui m’a marqué est OM-Rennes, en 2010. L’OM remporte le match 3-1, grâce notamment à un but somptueux de l’élégant Lucho. Victoire synonyme de titre de champion de France après 17 ans de disette. Je suis né en 1993. Je fais donc partie de ces générations qui n’ont pas connu la période faste de l’OM. Cette victoire, ce titre, était un soulagement. Enfin, on voyait notre club de cœur gagner… et ça faisait du bien ! »

As-tu un match, encore aujourd’hui qui te reste toujours en travers de la gorge ?

« La finale de la Coupe de France 2007 entre l’OM et Sochaux. À l’époque, l’OM enchaîne (déjà) les saisons blanches. En 2006, on fait une finale de Coupe de France, face au PSG, que l’on perd 2-1. On a l’occasion de laver cet affront une année plus tard, face à un adversaire à notre portée. Surtout que cette rencontre arrive durant une bonne période pour l’OM, en lice pour la deuxième place en Ligue 1. Nos joueurs offensifs sont en pleine bourre. On joue Sochaux deux semaines avant au Vélodrome, on réalise une belle performance en les battant 4-2. Bref, tous les éléments sont réunis pour les enfoncer. Au Stade de France, on mène par deux fois au score. Finalement, c’est une séance de penaltys qui doit départager Marseillais et Sochaliens. On a de bons techniciens, ça doit le faire… Malheureusement, certains leaders se sont cachés. Sochaux sort vainqueur. Terrible désillusion. »

Nomme un Twitto qui doit faire absolument cet interview…

« Je nomine @krysler06. Le gaillard a beaucoup de choses à dire sur le plus grand club français… »

Nous tenons à remercier Azir pour sa disponibilité et le temps qu’il nous a accordé pour pouvoir faire cette interview… N’hésitez pas à le suivre Twitter : @CarterChnine

Un grand merci également à Treize qui a mis en place toute l’interview et rendez-vous très prochainement pour une nouvelle interview.

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