MENU
  • Icône Twitter
  • Icône Facebook
  • Icône Instagram
  • Icône Youtube
  • Icône Twitch
  • Icône Discord
  • Icône Utip
PROCHAINS MATCHS

Serge Obré : “Le football amateur est une projection édulcorée du foot professionnel”

Historique du club, Serge Obré est en charge de l’école du foot au FC Burel. Durant cet entretien il a notamment évoqué son parcours, ses motivations, son rôle de directeur sportif et sa vision du football amateur. Interview réalisée par Karim Sghairi (@sghairiK) pour Peuple Olympien (@peupleolympien).

1. Pouvez-vous vous présenter en résumant votre parcours ?

Je m’appelle donc Serge Obré. J’ai 54 ans. Je suis au Burel depuis 42 ans.
J’ai joué dans les diverses catégories du club ; des plus jeunes aux Vétérans.  Aujourd’hui, je me contente de faire du walking foot le mardi matin, avec bon nombre d’anciens du foot amateur Marseillais.
J’ai commencé mon parcours d’éducateur à l’âge de 19 ans avec les minimes (-15 ans). J’ai alterné avec les cadets (-17 ans)  durant quelques années avant de m’occuper des seniors évoluant en fédération ufolep le samedi après midi.
Depuis plus de 20 ans je dirige l’école de foot.

2. Quelles ont été vos motivations pour devenir directeur sportif ?

Depuis quelques années déjà mon ami Jean-Paul Fertener et moi prenions communément les décisions. Puis j’ai pris les rênes seul lorsque celui-ci a désiré prendre du recul. Je ne manque cependant pas de le consulter sur les grandes orientations du club. Je pense sans orgueil que c’était une évidence pour les plus anciens que j’occupe un jour cette fonction. C’est une fierté pour moi, et j’espère chaque jour être digne de la confiance que l’on m’a accordée.

3. Votre club est un acteur majeur de la région. Quelles sont vos priorités ?

La priorité du FC Burel est de continuer à tenir le rang qui est le sien dans le foot d’animation et de récupérer les parts de marché que nous avons un peu perdu dans le jeu à onze. Nous sommes plus que jamais sur la bonne voie car sauf catastrophe, toutes nos équipes évolueront en ligue la saison prochaine.

4. Pour un club formateur comme le FC Burel le projet sportif est important, comment est-il élaboré en début de saison ?

Avec la mise en place des catégories générationnelles, chaque saison à venir dictera ses priorités. Ainsi une année, ferons-nous peut-être deux équipes en u14 et 15 et l’année suivante qu’une seule. Idem en u16 ou u17. Tout dépendra de la qualité des groupes dont nous disposerons et du niveau où nous évoluerons.

Je peux louer des défaites imméritées qui ont glorifié notre école et c’est là une chose capitale

Serge Obré
5. Pour vous, que faudrait-il améliorer sur le plan sportif et structurel pour rendre le club encore plus séduisant ?

Nous tirons de chaque saison un lot d’enseignements qui nous permet de corriger ce qui peut l’être. Sur le plan des structures sportives nous sommes impuissants car nous ne disposons que d’un terrain. Nous optimisons pourtant chaque centimètre carré et chaque minute que la ville nous octroie mais cela demeure très largement insuffisant pour pouvoir prétendre nous élever plus haut encore. Comme par exemple créer des équipes féminines ou proposer à toutes nos équipes d’élites au moins trois séances par semaine chacune.
Sur le plan de la formation de nos éducateurs, ils possèdent tous les diplômes requis pour s’occuper des équipes dont ils ont la charge. Nous avons la chance d’avoir un encadrement composé de jeunes éducateurs passionnés toujours disposés à parfaire leur connaissance.

6. Une journée type pour le directeur sportif que vous êtes, comment se déroule t-elle ?

Je suis physiquement présent au club ou sur le stade Morini tous les jours de la semaine de 17 h à 19 h30 ou plus.
Je passe aussi pas mal de temps au téléphone durant la journée pour régler des affaires diverses.
Le mercredi et le vendredi, comme j’ai une double casquette d’éducateur, j’encadre sur le terrain les u6 et u7. Le samedi matin, je suis sur les plateaux débutants et l’après midi et le dimanche matin je me rends sur les divers stades où se jouent les rencontres de nos jeunes.
Mon quotidien de directeur sportif me cantonne hélas bien trop souvent dans un rôle de médiateur de conflits ou de directeur des ressources humaines. Je passe beaucoup de temps à tenter d’apaiser les tensions liées à l’insatisfaction des parents du fait de la part d’intérêt toujours plus conséquente que représente le football dans leur existence.
Les problèmes sont bien souvent les mêmes : le temps de jeu, le poste, le niveau où joue le gamin etc…

Mon rôle au sein de mon encadrement consiste à garder une unité indispensable à la bonne marche du club.
Je suis très paternaliste et chacun a une grande liberté d’action
. Mais chacun sait aussi les limites à ne pas dépasser avec moi. Je veille à ce que les règles d’éthique du Burel en vigueur depuis 70 ans perdurent. Je fais de la rigueur sportive et morale des priorités absolues. L’obligation de résultats n’arrive qu’en second plan.

7. Dans votre rôle de directeur sportif, pouvez-vous nous parler des équipes que vous avez sous votre responsabilité, et les objectifs fixés en début de saison, liés à chaque catégorie ?

J’ai la responsabilité de la totalité des équipes du Burel hormis les seniors et ça en fait donc un certain nombre !
Sur un plan général, les objectifs sont toujours très relevés. En école de foot : remporter tous les tournois d’envergures auxquels nous participons. Remporter les Coupes de Provence  u10 à 13 et pour ces derniers, tâcher d’être champion régional pour être le représentant de la ligue au championnat de France.
Idem pour le jeu à Onze, il faut figurer au plus haut de nos championnats respectifs. Présenter de la sorte, cela peut paraître présomptueux mais nous faisons du foot de compétition pour nous hisser sur la plus haute marche des podiums et non pas pour les regarder de loin.

Cependant, nous poussons encore plus loin notre exigence puisque notre impératif pour arriver à ce but est que nos équipes développent un jeu de qualité animé de principes collectifs réfléchis, le tout allié à une volonté affirmée du dépassement de soi. Ces deux préceptes sont les moteurs de notre formation.
Nos éducateurs et nos joueurs travaillent dur pour cela. Je peux pester parfois sur des victoires obtenues de piètre manière comme je peux louer des défaites imméritées qui ont glorifié notre école et c’est là une chose capitale. J’en tiens pour preuve, il y a quelques semaines dans notre stade nous avons affronté dans différentes catégories un club huppé de notre district.
Nous avons gagné des matchs, nous en avons perdu et fait des nuls. Pourtant nous avons été grandement vainqueurs car de l’avis de nombreux  observateurs nous avons déployé un football remplis de tous les ingrédients précités. La semaine qui a suivi, nous avons reçu pas mal d’appels demandant quand auront lieu les détections pour nous rejoindre.
La récompense était là.

8. Quelle est l’importance de la formation des éducateurs dans votre métier ?

La formation des éducateurs est donc forcément prioritaire à l’égard de ce que sont nos projets de jeu. La formation technique est certes très importante mais je demande à tout le monde de progresser sur l’approche pédagogique. Une bonne maîtrise psychologique individuelle et collective des joueurs de son équipe est indispensable pour parvenir à les persuader que le chemin emprunté est le bon.

9. Vous performez dans les équipes de jeunes, sur quoi repose cette réussite ?

Vu nos installations et notre potentiel d’encadrants nous avons décidé depuis longtemps de faire dès l’âge de 6 ans des détections pour intégrer le club. Nous prenons en moyenne 1 joueur sur quatre qui se présentent sans dépasser la quinzaine. Nous avons énormément de gamins qui se bousculent au portillon.
Cette sélection ne se fait pas sans mal et sans faire crisser beaucoup de dents de parents déçus de notre refus. C’est un choix difficile. Nous nous trompons parfois dans celui-ci mais nous l’assumons.
Il n’en demeure pas moins vrai que cette politique qualitative plutôt que quantitative  nous permet d’entreprendre au plus tôt ce que nous souhaitons sur le plan technique.
Chaque année, nous allons rajouter deux ou trois éléments supplémentaires pour obtenir en finalité deux équipes conséquentes en 11.
Nous souhaitons, en procédant ainsi, aborder la catégorie u13 avec le maximum de joueurs formés au Burel.
La qualité des séances du programme, celle de nos éducateurs et les sacro-saints principes plusieurs fois évoqués font le reste.

Il existe une réelle proximité entre l’OM et nous.

Serge Obré
10. Quel est votre sentiment sur le niveau des joueurs de la région ?

Le niveau général est un des meilleurs de France, loin derrière tout de même de celui de la région parisienne qui est d’une infinie richesse. La densité de la population y est pour beaucoup.
Nous n’avons pas les mêmes caractéristiques athlétiques. En île de France, ils font surtout, pardonnez-moi du terme, dans le ”grand black”.
Chez nous, ce paramètre existe aussi mais à un degré moindre.
Nos footballeurs sont peut-être moins puissants mais ont un football tout aussi léché. Quant à l’engagement physique nous n’avons rien à envier à personne. C’est même une marque de fabrique dans notre ligue. Les clubs marseillais y sont pour beaucoup.
Plus généralement, les générations diffèrent inexplicablement. Par exemple les 2006 sont nombreux à avoir un talent prometteur. Ce n’est pas le cas en 2007 où ils sont plus rares. Ça repart avec les 2008…

11. Quelle est votre plus grande fierté sur ces dernières années dans le club ?

Ce dont je suis le plus fier c’est notre capacité à être restés ultra compétitifs en foot d’animation.
D’être reconnu malgré nos moyens dérisoires comme une place forte de la pré-formation dans tout l’hexagone.
Avoir eu la capacité de renouveler nos coachs sans perdre nos valeurs et nos principes.
Enfin et surtout la fierté d’avoir pu rajeunir les cadres avec succès qui plus est avec une énorme part d’éléments présents au club depuis la catégorie débutant.
Et bien sûr la fierté d’avoir vu évoluer sous nos couleurs les nombreux joueurs devenus professionnels où en passe de l’être.

12. Pour vous, le football amateur est-il en train d’évoluer ?

Le football amateur est une projection édulcorée du foot professionnel. Celui-ci a plus évolué en l’espace de 10 ans qu’au cours des cinquante dernières. La faute à l’argent toujours plus répandu qui fait saliver tous les acteurs.
À la multiplication des chaînes dédiées au foot et autres émissions de radios.
À la création et la profusion des réseaux sociaux et des plateformes consacrées au foot amateur. Aux journaux comme le votre diffusés sur le net.

Désormais tout le monde se revendique consultant ou éducateur. Des conseils  sont donnés en ligne. Des bons et des moins bons. On voit fleurir pléthore de coachs qui moyennant finance donne des cours particuliers. Là aussi, il y en a  des bons et des moins bons…
Les forums se multiplient et l’on voit prendre la parole en tant qu’experts des éducateurs plus ou moins inconnus qui arrivent à acquérir une certaine légitimité grâce à leur seule présence sur ceux-ci.
Et je ne parle pas des parents toujours plus exigeants, des agents, des pseudos agents, des conseillers, des observateurs, des recruteurs qui se démultiplient…bref le foot amateur évolue mais dans quel sens ?

13. Cette année est une vraie réussite pour le centre de formation de l’OM, comment expliquez-vous cela ?

Le centre de formation se porte bien, c’est vrai.
Des u14 aux u19, les résultats sont là.
Chaque génération est pourvue de très bons joueurs qui auront leur mot à dire dans les années à venir. L’encadrement est lui aussi de qualité. Le projet de l’OM prend forme
.

14. Le centre de formation de l’OM a amorcé le rapprochement avec les clubs locaux dans le cadre de « OM Next Generation ». Êtes-vous satisfait de votre collaboration avec l’OM ?

Oui nous sommes très satisfaits de notre partenariat. L’arrivée de Nasser Larguet a été un plus dans les rapports qui sont les nôtres. Il existe une réelle proximité entre l’OM et nous. On se parle sans filtre et nous œuvrons en toute transparence. Nous voulons ardemment participer à l’essor de l’OM sans pour autant mettre en péril nos intérêts. C’est un équilibre difficile à préserver mais nous nous y attelons.

15. Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?

Souhaitez-nous de pérenniser notre club.
De participer, par le football, longtemps encore à l’éducation des hommes de demain. Pour conclure, que les collectivités territoriales puissent nous aider davantage pour remplir cette mission qui relève quelque part du service public.

Je remercie Serge Obré pour sa disponibilité.

Les commentaires sont fermés.