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Johan Roubault: Responsable technique Pays d’Aix FC – U17 Nationaux

Johan Roubault est l’entraîneur des U17 Nationaux du Pays D’Aix. Il y occupe aussi le rôle de responsable technique. Depuis son arrivée, il a mis en place une philosophie de jeu commune à toutes les équipes du club. Durant ce long entretien, nous avons évoqué son parcours et sa méthode. Une interview réalisée par Karim Sghairi (@SghairiK) pour Peuple Olympien (@peupleolympien).

Pouvez-vous nous présenter votre parcours de footballeur et d’éducateur ?

Comme joueur, j’ai commencé à Sèvres dans la banlieue parisienne. On n’a pas que des qualités ! Puis après un passage à Versailles et à Avion, j’ai intégré le centre de formation de Châteauroux de 16 à 20 ans en tant que stagiaire-pro. Après, j’ai évolué entre le niveau national et régional, que ce soit à Armentières, en Suisse, à Sèvres et l’ACBB, à l’EF Bastia ou à Champagnole. J’ai joué jusqu’à 33 ans et j’ai commencé ma carrière d’éducateur à 23 ans. J’ai donc mené un double parcours joueur-éducateur pendant 10 ans.

À ce jour, j’ai encadré toutes les catégories du niveau départemental à national en jeunes et régional en seniors. Parallèlement à la gestion d’équipes, j’ai rapidement occupé des postes de responsable sportif et administratif.

Je suis actuellement responsable technique du Pays d’Aix FC en charge des U17 Nationaux. Je fais aussi partie de l’équipe technique régionale de la Ligue Méditerranée et de la commission technique du district de Provence.

Quel type de joueur étiez-vous ?

On peut dire que la vitesse de course, l’agressivité dans les duels ou le jeu de tête n’étaient pas mes points forts mais j’ai joué milieu de terrain avec une bonne compréhension du jeu, une bonne vision du jeu, une bonne technique, un gros volume de jeu et un bon pied gauche. J’ai toujours eu un bon état d’esprit. Même si j’étais un compétiteur avec mon caractère sur le terrain, je savais rester positif et travailleur pour l’équipe.

À partir de quelles observations avez-vous constaté qu’il existait une autre manière d’enseigner le football ?

Si on prend l’histoire du football, on constate une évolution des connaissances et des compétences. Dès le début, sûrement parce que j’étais encore joueur, j’ai voulu présenter aux joueurs des séances dans lesquelles le joueur puisse s’épanouir et prendre du plaisir. Avec ce raisonnement, j’ai toujours intégré le ballon et proposé des formes jouées en évitant la méthode analytique où la technique, la tactique et la partie athlétique sont travaillés de manière séparée.

C’est donc mon profil de joueur qui a conditionné ma manière d’enseigner. On se nourrit aussi de nos propres entraîneurs en bien ou en mal. En analysant leur différents comportements et méthodologies on peut répertorier ce qui fonctionne plus ou moins bien.

Mais rien n’est figé, je pense qu’il faut constamment évoluer et être attentif. Je dis souvent qu’il faut être meilleur qu’hier et moins bon que demain.

“À mes débuts, j’ai été surpris par la difficulté pour transmettre [mes] idées”

Johan Roubault
Quels sont vos meilleurs et vos pires souvenirs en tant qu’entraîneur et en tant que joueur ?

En tant que joueur, mes meilleurs souvenirs sont forcément ceux de mon enfance à Sèvres. On jouait entre amis ou avec les plus grands toute la journée, en bas de nos immeubles sur le béton. Quand on a eu un City-stade vous n’imaginez pas l’engouement et le nombre d’équipes autour du terrain. Quand l’équipe qui gagne reste, le jeu et l’enjeu sont incroyables, il ne faut pas se louper. Mon pire souvenir, et c’est un bien grand mot, est mon passage à Armentières en CFA à ma sortie du centre de formation. Ce ne fut pas une très bonne saison à titre personnel et collectif, mais on en tire toujours des enseignements.

En tant qu’éducateur, je n’ai pas forcément de mauvais souvenirs. J’ai la chance que mes différentes expériences se soient toujours bien passées. En revanche, j’ai beaucoup de très bons souvenirs avec de bons résultats et de bons moments. Les montées en U17 nationaux avec l’EF Bastia et le Pays d’Aix ou la finale de Coupe de Franche-Comté avec Champagnole en sont quelques exemples.

Mais c’est surtout le côté humain avec des belles rencontres que je vais retenir. Le lien que l’on crée avec différentes personnes à travers le football c’est fantastique !

Qui sont vos modèles d’entraîneurs ?

Je n’ai pas de modèle à proprement parler mais forcément je m’inspire de plusieurs entraîneurs qui ont des profils différents. L’école néerlandaise avec le football total représenté par Johan Cruyff à qui je dois mon prénom. Arrigho Sacchi pour son parcours personnel et son 4-4-2 en zone ou encore Marcelo Bielsa, Pep Guardiola et Jurgen Klopp sont forcément des entraîneurs à étudier.

Je suis aussi attentif aux entraîneurs moins connus comme Christian Gourcuff ou Pascal Gastien en France. Zdenek Zeman en Italie surnommé « le prophète » avec son 4-3-3 très offensif ou Gian Piero Gasperini, comment il fait jouer l’Atalanta de Bergame, c’est fabuleux. La vague allemande emmenée par Nagelsmann nous offre aussi des entraîneurs différents qui n’ont pas eu de carrière professionnelle. Cette diversité fait la richesse du football.

J’apprécie les entraîneurs qui ont une vision, une conception du football. De manière générale, j’aime étudier le football et j’essaie aussi d’échanger un maximum avec d’autres éducateurs.

Qu’est-ce qui vous a surpris à vos débuts d’entraîneur que vous n’imaginiez pas en tant que joueur ?

En tant que joueur, on se concentre sur nous-même, c’est très différent de l’entraîneur qui doit tout gérer. À mes débuts, j’ai été surpris par la difficulté pour transmettre ses idées, trouver le bon curseur dans mes interventions pour s’adapter aux joueurs. C’est un processus qui demande beaucoup d’organisation et de soin. Il faut beaucoup de préparation en amont.   

Quelle est votre philosophie de jeu et quel est votre système pour la mettre en place ?

La philosophie est de bien jouer pour gagner en développant un football complet qui puisse répondre efficacement aux différentes actions de jeu. L’équipe doit être supérieure à la somme des individualités qui la composent. L’individu doit être au service du collectif et de l’intérêt général. Ma philosophie est de proposer un football offensif avec du caractère et de la personnalité qui procure de bonnes sensations. Le principe est d’agir et de ne pas subir.

Pour mettre en place cette philosophie, je mets en œuvre plusieurs outils tels que le plan de développement du joueur, le projet de jeu, la planification, les séances avec des procédés références, la vidéo, la préparation mentale ou encore le développement des préférences motrices.

Le concept est de toujours améliorer le niveau des joueurs individuellement et collectivement en tant que footballeur. Sans oublier le rôle éducatif que l’on a à travers la transmission de valeurs.

“La formation est un processus à long terme, l’OM est je pense sur le bon chemin.”

Johan Roubault
Depuis 2016 vous avez intégré le Pays d’Aix. Pouvez-vous nous parler de votre nouveau projet ? Comment êtes-vous arrivé dans ce nouveau club ?

Je suis arrivé en 2016 dans un club où le président et le directeur sportif avait repris la direction suite à un dépôt de bilan et une rétrogradation de l’équipe senior. Le club a décidé de repartir sur de nouvelles bases avec une vision novatrice pour un club amateur. Nous avons donc restructuré et professionnalisé le club sous tous les angles.

Notre projet est de donner la priorité aux jeunes avec une vision durable et globale. Former pour les clubs professionnels si des joueurs en présentent les dispositions comme les quatre joueurs qui ont intégré des structures pros ces deux dernières saisons . Mais aussi et surtout former pour notre équipe 1ère afin qu’Aix-en-Provence retrouve le niveau régional et national en Seniors avec ses jeunes.

Dans un premier temps, nous avons mis de la qualité dans l’encadrement en formant une équipe pédagogique compétente et en structurant le sportif en 4 pôles (initiation, préformation, formation et post-formation). On a amélioré la qualité de l’accueil, développé le football pour tous et favorisé l’accès au haut niveau en augmentant le niveau de pratique de nos équipes et en créant une section sportive collège sur la préformation. On a aussi créé une section féminine, une section futsal, et mis en place un partenariat avec un ESAT pour intégrer et créer du lien avec des personnes en situation de handicap. Pour ce développement, le Pays d’Aix a obtenu le label excellence de la FFF en 2017 et nous allons acquérir le label élite qui est le plus haut niveau cet été.

Forts de ce succès, nous avons relancé un grand projet club ambitieux 2020-2024 qui comporte un volet associatif, sportif, éducatif et de formation de l’encadrement :

  • Au niveau associatif, nous avons conçu cinq départements (communication, administratif et financier, relations extérieures, logistique et événementiel) pour mieux organiser chaque composante du club.
  • Au niveau sportif, nous allons restructurer nos pôles dans le but de mieux nous adapter à la réforme des championnats et être encore plus précis sur notre méthodologie. Continuer le développement du football en milieu scolaire avec la création d’une structure au lycée. Perfectionner notre section féminine et futsal. En parallèle, nous allons lancer une section beach soccer, loisir et E-sport.
  • Au niveau éducatif, nous avons mis en place des stages pendant les vacances, du soutien scolaire et des valeurs à travers des jeux en salle ou sur le terrain, des chartes et des règles de vie.
  • Au niveau de la formation de l’encadrement, l’idée est de continuer à faire monter nos éducateurs en compétences et de former nos propres joueurs pour « fabriquer » nos éducateurs.
Depuis votre nomination vous enchaînez les bons résultats, mais cette année cela semble plus compliqué, avez-vous une explication ?

Je ne pense pas que nous avons de mauvais résultats ! Au contraire, à six journées de la fin être encore dans la course pour se maintenir au niveau national c’est un très bon résultat. Le groupe et les joueurs progressent et nos résultats s’améliorent logiquement. C’est positif.

Mais globalement, je pense que le seul critère du résultat n’est pas suffisant en formation. Il faut prendre différents paramètres en compte comme le niveau de pratique, les joueurs, les conditions d’entraînement etc..

En formation, le résultat doit être la conséquence du jeu produit, on joue pour faire progresser les joueurs avec nos principes de jeu. Nous jouons tous les matchs avec l’ambition de les gagner. Je suis conscient que le rapport de force nous est défavorable, et c’est logique, mais on essaie de toujours produire du jeu.

Il faut donc analyser les contenus des matchs plutôt que les feuilles de matchs. Sur cet aspect, nous avons des mentalités à faire évoluer. Le bon éducateur n’est pas forcément celui qui gagne tous les matchs. C’est une certaine conception du football et je la défends.

Si vous deviez résumer succinctement votre méthode pour les personnes qui ne vous connaissent pas ?

Je suis partisan d’une méthode globale où tous les facteurs de la performance sont en interaction car, par définition, le football est un tout dans un système complexe.

Dans un premier temps je pense qu’il faut installer un climat propice à l’apprentissage et au bien être pour que les joueurs mais aussi le staff puissent s’épanouir. Le projet de vie du club, du groupe, prend ainsi tout son sens en donnant une certaine philosophie.

Après, je définis un projet de jeu en adéquation avec le projet de vie qui contient certains principes dans les différents moments de jeu. 

Ces projets de vie et de jeu sont en accord avec mes valeurs et mes croyances mais ils doivent aussi être en lien avec le contexte : le club et ses objectifs, le niveau des joueurs, le nombre de séances par semaine, les installations… etc. 

Ces paramètres sont donc amenés à varier car il faut constamment s’adapter à son environnement. 

Il faut rester en éveil, dans le futur je pense que le football va continuer son évolution. Les joueurs ont de moins en moins de temps et d’espaces. Ils devront donc être encore plus complets et flexibles à l’intérieur même d’une situation de jeu. À nous de créer les conditions propices à l’évolution du joueur par rapport à ses capacités.

“J’aime chercher, innover et expérimenter des procédés novateurs”

Johan Roubault
Pour vous, l’arrivée d’Andoni Zubizarreta a-t-elle relancé le centre de formation de l’OM ?

Je ne suis pas à l’intérieur du club donc difficile pour moi de me prononcer. Mais je suppose qu’il a logiquement une influence sur la politique sportive du centre de formation notamment avec l’arrivée de M. Larguet comme directeur. D’ailleurs, on peut constater qu’un plan est déployé pour la formation à l’OM. L’OM Campus et OM Next Generation dans la région ou au Maghreb en sont de très bons exemples.  

Marseille et la région ont un potentiel important en termes de joueurs de qualité. Il faut donc les accompagner au mieux et j’ai l’impression que c’est ce qu’il se passe à l’OM. C’est bénéfique pour l’OM mais aussi pour le football régional et français car on a besoin que l’OM soit au premier plan. La formation est un processus à long terme, l’OM est je pense sur le bon chemin.

Vous avez affronté l’OM U17 cette saison, quels sont pour vous les qualités et les défauts de cette équipe ?

On a joué une fois contre l’OM la première journée et on doit les jouer à la dernière journée.

L’OM a une très bonne génération avec un staff compétent composé de Stéphane François comme entraîneur et Titou Hasni qui l’a rejoint. C’est une équipe qui a le contrôle du jeu, plaisante à voir évoluer avec un jeu porté vers l’avant. Défensivement, elle ne laisse pas l’initiative à l’adversaire avec une défense dynamique. Elle est aussi capable de modifier sa structure et son plan de jeu en sein même d’un match. C’est à mes yeux la meilleure équipe du championnat. 

Si vous deviez sortir un ou deux joueurs du lot, lesquels seraient-ils ?

Vous avez ressorti 3 joueurs de l’effectif, Hugo Blondel, Ilyas Zouaoui et Paolo Sciortino dans un article précédent et je vous rejoins sur ces profils. Enzo Caumont et Amay Caprice avaient eux aussi réalisé de bonnes prestations. C’est vous dire la qualité. On sait pertinemment que tous ne seront pas professionnels mais je souhaite pour eux et pour le club que certains puissent réussir à faire une carrière professionnelle.

J’insiste beaucoup sur la méthode. Pour vous, est-ce contre-productif de mettre en place des exercices sans ballon ? Quelle est votre méthode pour préparer vos séances d’entraînement ?

Tout dépend de l’objectif de la séance, je ne dis pas qu’il faut bannir les exercices sans ballon mais si on veut améliorer le niveau de nos joueurs pour jouer un match de football, le ballon me semble indispensable. Les exercices sans ballon restent pour moi à utiliser à la marge.

Pour préparer mes séances je pars de situations de match et je définis les différents comportements attendus en lien avec mon projet de jeu et mon organisation. L’idée directrice est de partir des évènements du match pour traiter les différentes situations. En répétant, les joueurs peuvent trouver des solutions pour soit marquer un but, soit récupérer le ballon.

Pensez-vous que l’humain doit toujours primer sur la tactique ou les résultats ?

On ne doit pas faire de choix mais on doit partir de l’humain ! Dans le football, on a tendance à l’oublier. Avant d’être un joueur, le footballeur a des émotions, il pense, il a une famille, un environnement, il vit. Je l’ai compris assez tôt en formation avec Philippe Bretaud, anciennement mon coach à Châteauroux, maintenant formateur à l’INF Clairefontaine. Si on occulte l’aspect humain, on passe à côté d’un élément prépondérant.

Comment enseignez-vous à vos joueurs l’importance des temps forts et des temps faibles ?

Je pense que l’apprentissage se fait au travers de connaissances, de savoir-faire mais surtout par l’expérience et le vécu. Au-delà des temps forts et des temps faibles, les joueurs doivent être en capacité d’identifier les différents temps de jeu mais surtout d’être dans le jeu, de le vivre dans le but d’être toujours utile à l’équipe et de comprendre quels sont les avantages structurels et positionnels. Et là, beaucoup de joueurs doivent progresser. Quand vous regardez un match, vous voyez 22 joueurs sur le terrain. Mais combien de joueurs jouent réellement en même temps ? Combien de joueurs sont constamment concernés par le jeu ?

On en revient au développement de l’intelligence du jeu dans le but de répondre efficacement à la situation de jeu.

Récemment j’ai interviewé Raphaël Pesenti, qui est coach mental. Que pensez-vous de cet aspect? Est-ce un rôle que vous utilisez ou que vous aimeriez utiliser dans votre équipe ?

J’ai intégré les aspects mentaux à la planification et programmations du club depuis à mon arrivé au Pays d’Aix. Cette année nous avons franchi un cap, car j’ai pu intégrer dans le staff Nicolas Vidal, qui est psychologue du sport. Il fait partie intégrante de l’équipe pédagogique et je suis très heureux de ce qu’il nous apporte au quotidien.

On mutualise nos compétences pour optimiser la performance de nos joueurs. De plus avec les neurosciences on ne peut qu’être interpellé sur nos méthodes de travail. De manière plus générale, j’aime chercher, innover et expérimenter des procédés novateurs. Raison pour laquelle j’ai intégré cette saison les aspects mentaux de manière plus précise.

Pour finir, quelles sont vos projets pour la suite ?

À très court terme, j’ai la volonté de développer mes compétences en passant le Diplôme d’État Supérieur d’entraîneur de football.

Je suis un passionné. Je souhaite me développer personnellement en continuant à vivre de ma vocation dans les meilleures conditions possibles. Le projet est de disposer d’un périmètre d’action qui me permette de m’épanouir et d’avoir des opportunités en lien avec mes ambitions.

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